L’autre

L’autre est aujourd’hui à la une dans la plupart des tribunes médiatiques. En fait, il a toujours été au banc des accusés, puisqu’il serait à la base de bon nombre des maux qui sévissent dans notre société. Mais qui est cet autre?

L’autre est une figure un peu floue, mais on a pourtant l’impression de bien la connaître. On est capable de la dépeindre, à grands traits, et sa simple évocation suffit à soulever de nombreuses passions. Pourtant, il est surprenant de constater que nous ne l’avons jamais réellement rencontré, mais nous savons sans l’ombre d’un doute qu’il existe!

L’autre est une création de l’esprit, qui se construit dans le temps, au rythme d’idées et des phénomènes sociaux qui circulent dans notre société. À mesure que cette conception se renforce, l’autre devient de plus en plus menaçant et indigne. Le nous s’élève face à cette menace, comme un rempart servant à nous offrir une protection.

L’autre, c’est le Noir, le Blanc, le Musulman, l’Autochtone, le Français, l’Anglais, le Millénial, le raciste, le trumpiste, le sexiste, l’homophobe, l’intellectuel, le politicien, l’assisté social, etc.

L’autre n’existe pas réellement, puisqu’il peut être tout et rien en même temps. L’autre des uns devient le nous des autres. Ce qu’on a devant les yeux, ce sont des humains, avec leurs craintes respectives, leur propre vision du monde, mais surtout, qui partagent les mêmes besoins que nous. En tant qu’anthropologue, je crois qu’une compréhension réelle de cet «autre», dévêtu de l’habillement qu’on a bien voulu lui attitrer, est nécessaire.

À l’aube de la consultation sur la discrimination systémique et le racisme, ne serait-il pas nécessaire de réfléchir à des façons de créer des ponts, au lieu d’identifier les nombreux fossés qui créent des écarts dans notre société? Pour bâtir des ponts, il faut un dialogue social, une rencontre, qui devrait être la base d’une telle consultation publique et qu’aucun lynchage ne saura favoriser en misant sur des relations d’oppresseurs et d’opprimés.  N’oublions pas qu’un autre, quel qu’il soit, reste une menace perçue et c’est exactement ce qu’il faut casser.

En fait, notre monde médiatique et politique contribue à créer des fossés les individus, où le sensationnalisme et les idées fortes prennent la place de la simplicité et de la dignité humaine. Ce n’est donc pas en criant ou en mobilisant certaines idées issues d’une quelconque rectitude ou d’une attitude haineuse que l’on réussira à calmer les tensions qui sévissent par rapport à des questions aussi complexes que la diversité culturelle.

L’autre cessera d’être autre lorsque nous l’aurons réellement rencontré. Or, aucune politique publique renforçant cette conception des choses ne saura faciliter cette rencontre. Cette dernière doit se faire en se regardant, en s’écoutant, voire en se touchant. N’y a-t-il pas rien de plus touchant que la dignité humaine, en sa plus simple conception?  Non pas juridique, ni politique, ni culturelle, mais simplement humaine. Celle-ci n’est possible qu’en favorisant la rencontre et le dialogue, plus qu’en renforçant politiquement cette conception de l’«autre».

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