Le monde du travail chez les «jeunes» : entre bâillon et quête de sens

Notons d’abord que je n’ai pas l’intention de faire un procès aux générations qui m’ont précédé. Je ne tente pas non plus de dénier l’existence du fameux «clash» générationnel qui a fait couler beaucoup d’encre dans les tribunes. Toutefois, si ces catégories peuvent nous aider à réfléchir aux attentes relatives aux différentes générations face au travail, par des idéaux tracés à grands traits, il demeure que cette généralisation ne fait que renforcer l’impression que ces dernières sont irréconciliables. J’adresse donc mon message aux purs et durs qui contribuent à créer et à renforcer de fossé, à grands traits d’âgisme et d’expérientisme.

Rappelons brièvement ces arguments : les jeunes ne veulent pas travailler, ils ne veulent ou ne peuvent pas garder une job, la relèguent au second plan dans leur vie et en plus elles veulent tout avoir sans d’abord faire leurs preuves. Ce à quoi on leur répond, pour reprendre les mots du groupe Harmonium (comme un fou) :

Non, mon p’tit gars, non
C’est pas d’même qu’on apprend, non
T’as rien qu’à r’garder où les autres sont placés.

Peut-être vous demandez-vous d’où viennent ces attentes si démesurées envers le travail, voire même envers la vie de ces «jeunes»? Je vais tenter une piste d’explication face à cette condescendance que j’ai subie et que je continue à subir encore aujourd’hui de la part de certains de mes aînés et ce, malgré mes 28 ans.

Plusieurs d’entre nous ont grandi dans des conditions différentes de celles de nos parents, imposant une autre façon de voir le monde. Cela s’explique notamment par une émancipation de ces derniers par rapport aux valeurs et croyances de leurs propres parents, de même que par de meilleures conditions économiques. Plusieurs diront que ces parents ont créé une génération de bébés gâtés, qui ont eu tout cuit dans le bec!

Peut-être bien, pour certain(e)s! Mais on parle de gens qui se sont attachés à de nouvelles valeurs qui ne sont pas moins importantes et qui dépassent le simple aspect matérialiste des choses. On parle de gens qui ont peut-être plus confiance dans la vie, qui portent un certain optimisme et qui espèrent le meilleur. Et espérer le meilleur, c’est croire que les choses ne sont pas statiques et qu’elles peuvent fondamentalement changer et s’améliorer.

Et ce changement, on souhaite en faire partie, en mettant à profit notre individualité et notre expression propre au lieu de simplement accepter les choses telles qu’elles sont. Par exemple, on m’a toujours encouragé à suivre la voie de mes passions avant tout dans mes choix de vie.

Cela génère certainement des attentes, mais en revanche, il s’agit d’individus (et j’en fais partie) qui sont prêts à s’engager dans une mission qui les dépasse en y consacrant toutes leurs énergies. Et qu’est-ce qu’on leur propose en retour? Une condition déjà définie, dont la stabilité a tendance à se transformer en inertie et de laquelle on doit s’affubler.

Je ne crois donc pas qu’on cherche à tout avoir cuit dans le bec, mais nous voulons nous investir dans des projets et des emplois injectés de sens. Nous voulons contribuer à des organisations de notre personne et sentir que nous pouvons avoir un impact, sans quoi, à quoi bon mettre les efforts?

Vous, les générations qui ont contribué à bâtir le monde tel qu’on le connaît, avec tout ce qu’il a de meilleur à offrir, vous, qui nous avez tout appris, pourquoi exiger que l’on mette de côté tout ce qu’on peut apporter de mieux pour faire de nos organisations des milieux plus vivants?

Comment cette jeunesse porteuse d’avenir est-elle devenue, aux yeux de plusieurs, une plaie pour nos organisations si bien ficelées? Comment ce revirement épistémologique est-il seulement possible dans un contexte où l’innovation est le maître mot, où il faut penser à l’extérieur de la boîte? Ces mots sont porteurs d’une certaine hypocrisie, dans la mesure où véritable force s’offre aux organisations qui ne cessent de construire des barrières pour éviter d’envisager de nouvelles possibilités. Voilà ce que je pense lorsque j’entends de nombreux dirigeants affirmer qu’il y a un réel manque de talents dans la main d’œuvre.

Mon appel en est un à l’écoute, à laisser tomber vos principes immuables pour tenter de comprendre comment cette « jeunesse » constitue une force vive pour nos organisations. Ce serait une belle occasion pour injecter du sens dans certains milieux qui sont véhiculés par le pilotage automatique de la médiocrité.

Je terminerais sur ces quelques paroles, encore une fois du groupe Harmonium (un musicien parmi tant d’autres) :

On a mis quelqu’un au monde
On devrait peut-être l’écouter.

 

 

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